Plâtre contre attelle fonctionnelle pour rupture du tendon d’Achille, un duel olympien

 

La rupture du tendon d’Achille est une blessure fréquente chez les sportifs mais également chez les sédentaires, avec un impact prolongé sur les activités professionnelles et sociales. Traditionnellement, les patients souffrant d’une rupture du tendon d’Achille sont traités avec des plâtres en série sur plusieurs semaines. L’intérêt de cette orthèse est d’offrir une protection maximale au tendon pendant sa guérison. Cependant l’immobilisation peut aggraver l’atrophie des muscles du mollet, la raideur de l’articulation de la cheville et les anomalies du schéma de marche, et peut accroître le risque de phlébite. L’attelle fonctionnelle est un traitement alternatif dans lequel le bas de la jambe du patient est placé dans une botte de marche amovible avec des cales pour soulager le talon. Elle permet au patient de mettre en charge sa jambe lorsqu’il marche et peut également être retirée pour mobiliser la cheville. Cependant, il y a eu peu de recherches sur la façon dont l’attelle fonctionnelle affecte la récupération globale et le risque de récidive de rupture du tendon.
Un colossal essai pragmatique contrôlé randomisé, multicentrique, réalisé dans 39 hôpitaux au Royaume-Uni répond à cette interrogation. Entre août 2016 et mai 2018, non moins de 1 451 patients victimes d’un traumatisme au niveau du tendon d’Achille ont été identifiés, dont 540 ont été inclus. Les patients, d’âge moyen de 48 ans et en majorité des hommes (79 %), ont été répartis au hasard pour recevoir un plâtre (n = 266) ou une attelle fonctionnelle (n = 274). Au total, 527 (98 %) des 540 ont été inclus dans l’analyse en intention de traiter modifiée, et 13 (2 %) ont été exclus parce qu’ils se sont retirés ou sont décédés avant de fournir des données sur les résultats. Le critère de jugement principal était le « score de rupture du tendon d’Achille » (ATRS) déclaré par le patient à 9 mois, dans l’analyse en intention de traiter modifiée et le critère principal en matière de sécurité était l’incidence des ruptures du tendon.

Pas de différence sauf peut-être pour le coût

Or, il n’y est apparu aucune différence dans l’ATRS 9 mois après la blessure (groupe des plâtrés n = 244, moyenne ATRS 74,4 [DS 19,8] ; groupe des porteurs d’une attelle fonctionnelle n = 259, ATRS 72,8 [20,4] ; différence moyenne DM ajustée -1,38 [intervalle de confiance à 95 % IC -4∙9 à 2∙1]). Aucune différence n’a été également été constatée dans le taux de rupture du tendon (17 [6 %] sur 266 dans le groupe des plâtres contre 13 [5 %] sur 274 dans le groupe des orthèses fonctionnelles). Enfin, le coût total moyen des soins de santé et des soins sociaux personnels était de 1 181 £ pour le groupe des plâtres et de 1 078 £ pour le groupe des attelles fonctionnelles (DDM -103 £ [IC à 95 % -289 à 84]).
Après une rupture du tendon d’Achille, l’utilisation d’une mise en charge précoce dans une attelle fonctionnelle peut donc être considérée comme une alternative sûre et équivalente au plâtre. De plus, l’analyse des couts indique que l’attelle fonctionnelle est plus rentable, tout du moins en ce qui concerne le pays de l’essai à savoir le Royaume-Uni.

Anne-Céline Rigaud

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RÉFÉRENCE

Costa Ml et coll. : Plaster cast versus functional brace for non-surgical treatment of Achilles tendon rupture (UKSTAR): a multicentrerandomised controlled trial and economic evaluation.Lancet. 2020; 395(10222):441-448. doi: 10.1016/S0140-6736(19)32942-3.