L’arthrose du pied et de la cheville survient avec prédilection dans certaines professions exposées. Les footballeurs professionnels constituent une population particulière, presque un modèle du genre, compte tenu de la fréquence des traumatismes itératifs, parfois violents, touchant aussi bien le pied que la cheville. Les déterminants spécifiques du risque d’arthrose dans un tel contexte demeurent toutefois imparfaitement connus. Quel est le rôle des traumatismes répétés et des infiltrations in situ, parfois nécessaires pour juguler la douleur ? Ces questions sont à l’origine d’une étude rétrospective britannique de type cas-témoins, menée dans le cadre du projet FOCUS (Foot/Ankle Osteoarthritis and Cognitive Impairment in UK Soccer Players).

Plus de 400 footballeurs professionnels retraités

Cette étude a inclus 424 anciens footballeurs professionnels âgés de plus de 40 ans, ayant tous exercé leur activité dans les quatre principales divisions anglaises. Les cas étaient définis par la déclaration d’une arthrose du pied ou de la cheville diagnostiquée par un médecin généraliste, ou par la réalisation d’une chirurgie du pied ou de la cheville après 40 ans. Les témoins n’avaient reçu aucun de ces diagnostics ni subi de telles interventions.

Deux facteurs principaux ont été pris en compte :

un traumatisme significatif du pied ou de la cheville survenu pendant la carrière professionnelle, ayant entraîné des conséquences fonctionnelles durables (douleur ≥ 3 mois, arrêt complet des entraînements et des matchs) ;
au moins une infiltration in situ (corticoïdes ou autre principe actif) dans le pied ou la cheville au cours de la même période.
Les facteurs de confusion potentiels (âge, IMC, goutte, hallux valgus, nodosités d’Heberden, durée de carrière, nombre de matchs, etc.) ont été intégrés dans une analyse multivariée par régression logistique.

Rôle des traumatismes significatifs et des infiltrations

Parmi les 424 joueurs, 63 présentaient une arthrose du pied ou de la cheville. L’âge moyen (63 ans) et l’IMC (27 kg/m²) étaient comparables entre les cas et les témoins. En revanche, la proportion d’anciens joueurs victimes d’un traumatisme significatif du pied ou de la cheville s’est avérée nettement plus élevée dans le groupe des cas (73,3 % versus42,5 % ; p < 0,001). Les infiltrations locales étaient également plus fréquentes (75 % vs48 % ; p < 0,001).

L’analyse multivariée a confirmé la force de ces associations : l’odds ratio ajusté (ORa) en cas de traumatisme significatif était de 4,23 (IC à 95 % : 1,88–9,48). Pour les infiltrations, l’ORa atteignait 2,62 (IC à 95 % : 1,19–5,78). En analyse ROC (Receiver Operating Characteristic) l’aire sous la courbe (AUC) atteignait 0,69 pour le traumatisme seul et 0,74 pour l’association traumatisme + infiltration (vs 0,78 ; IC à 95 % 0,70–0,85 si tous les facteurs de risque sont pris en compte). De ce fait, deux variables expliquent à elles seules la majeure partie du risque arthrosique.

Un traumatisme articulaire significatif semble donc constituer le principal déterminant de l’arthrose du pied et de la cheville chez les anciens footballeurs. Les microtraumatismes répétés, l’instabilité chronique et la surcharge mécanique liée à la pratique professionnelle contribuent à la dégradation cartilagineuse. L’association observée avec les infiltrations in situ doit être interprétée avec prudence : elle pourrait refléter un biais d’indication, les douleurs les plus intenses et les plus rebelles exposant à des infiltrations répétées. Toutefois, l’exposition répétée à plus de quatre injections par saison, rapportée par plusieurs participants, soulève la question d’un éventuel effet iatrogène cumulatif, sans que l’étude permette de trancher.

La prévention des traumatismes articulaires demeure la mesure la plus efficace pour réduire le risque d’arthrose à long terme, tant chez les footballeurs que dans d’autres professions exposées. Les programmes de renforcement musculaire, de proprioception et d’entraînement neuromusculaire sont essentiels. Il convient également de limiter le recours aux infiltrations dans une même articulation, conformément aux recommandations EULAR 2021 (au maximum quatre par an).

Les résultats de cette étude se heurtent néanmoins à plusieurs limites : évaluation rétrospective par questionnaire (risque de biais de mémorisation), diagnostic d’arthrose autodéclaré (confirmé radiographiquement dans un sous-groupe) et population exclusivement masculine, issue du football professionnel britannique, ce qui limite la généralisation à d’autres sports ou à la population générale.