Selon une étude néerlandaise sur 425 coureurs amateurs, ceux qui présentent un sommeil altéré ont presque deux fois plus de risque de se blesser. Un autre facteur de prévention se dessine.

La course à pied est l’une des activités les plus pratiquées au monde, notamment en raison de son accessibilité et de ses nombreux bénéfices pour la santé. En France, selon l’Observation du running (2024), 12,4 millions de personnes dont 49 % de femmes déclarent courir, au moins une fois par semaine pour 8 millions d’entre eux. Ils parcourent environ 10 km par sortie, sur une durée moyenne de 61 minutes.

Cette popularité s’accompagne toutefois d’une forte proportion de blessures, pouvant toucher jusqu’à 60 % des coureurs récréatifs chaque année. Ainsi, aux Pays-Bas, l’incidence est de 5,1 lésions pour 1 000 heures de pratique, contre 2,4 pour 1000 dans l’ensemble des sports). Si plusieurs facteurs de risque sont déjà bien documentés — antécédents de blessures, sexe, âge, charge d’entraînement, récupération insuffisante, stress ou nutrition — le rôle du sommeil demeure peu exploré dans cette population. Pourtant, il constitue un processus biologique central dans la régénération physique et cognitive, et des travaux antérieurs suggèrent qu’un sommeil insuffisant ou perturbé pourrait accroître la vulnérabilité aux blessures.

C’est pourquoi deux chercheurs néerlandais ont conduit une étude afin de déterminer si le profil de sommeil peut prédire la survenue de blessures. Leur analyse a porté sur les données de 425 coureurs amateurs néerlandais (dont 43 % de femmes) qui avaient répondu à une enquête sur leurs caractéristiques de santé (fatigue, troubles du sommeil, blessures sportives). Les participants , âgés en moyenne de 44,7 ans, avec un indice de masse corporelle moyen de 22,8 kg/m2, couraient depuis 11,7 ans en moyenne, et dormaient 7,3 heures par nuit.

Davantage de blessures avec un sommeil altéré

En croisant la durée déclarée du sommeil avec la qualité perçue du sommeil et la présence éventuelle de troubles, les auteurs ont réparti les participants en quatre catégories : sommeil régulier (SR, 48 % de l’effectif), sommeil altéré (SA, 37 %), sommeil efficace (SE, 8 %) et sommeil fragmenté (SF, 7 %).

Les participants du groupe sommeil efficace avaient la plus longue expérience de running (18,7 ans) et ceux du groupe sommeil altéré la plus courte (10,7 ans) (p < 0,001). Ce dernier groupe, caractérisé par une durée de sommeil réduite, une faible qualité perçue et davantage de perturbations nocturnes, était celui pour lequel le risque de blessures était le plus élevé par rapport au groupe de référence SR (odds ratio : 1,78 ; IC 95 % 1,14 – 2,78 ; p = 0,01). Leur probabilité de se blesser était de 68 %, contre 55 % pour les participants avec un sommeil régulier. Les autres groupes ne montraient pas d’association significative avec les blessures.

Si cette étude, transversale, ne permet pas d’affirmer un lien de causalité, elle souligne néanmoins l’intérêt d’adopter une approche intégrative du sommeil dans les travaux portant sur l’activité physique. Preuve, s’il en fallait, que compter ses kilomètres ne dispense pas de compter ses heures de sommeil.